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Tinariwen ou la résistance
par le Rock...
"Écouter Tinariwen, c’est comme laisser tomber
un seau dans un puits profond”
Une Musique des racines. Éternels riffs de
guitares électriques. Une énergie âcre. Des voix brutes façonnées
par le Ténéré et des paroles aiguisées par la souffrance de
l’errance, de la lutte armée et des espoirs trahis d‘un peuple.
"Aman iman", le nouvel opus de Tinariwen, est sans conteste le
meilleur du groupe.
Après "Amasakul n Tiniri", le groupe, salué par les critiques et
récompensé par plusieurs prix, signe un nouvel album marqué par une
musique âcre qui s’adresse aux corps, aux âmes et aux cœurs.
"Aman iman" renferme des chants d’errance et d’exil, de nostalgie (Asuf),
de l’identité, de révolte et d’amour. L’Œuvre rend hommage à la
langue Tamacheq ignorée, bafouée et combattue, à Mano Dayak [1],
et aux victimes de la révolte des Kel Tamachaq de l’Adrar n Ifoughas
en 1963. Ce soulèvement a été maté dans le sang par l’armée malienne
tuant des bébés, des femmes et des vieillards.
"L’année 63 a eu lieu elle se répétera
Ses jours ont laissés des traces
Elle a assassiné des vieux et même un nouveau-né
Elle est entrée dans les pâturages elle a tué le bétail
L’Amérique et le Liban sont témoins
La Russie fournissait le "feu en flamme" ..." [2]
Les membres de Tinariwen, héros de la rébellion des Kel Tamacheq qui
partaient en guerre une kalachnikov en bandoulière et une guitare
dans la main sont devenus les messagers d’un peuple et les hérauts
de la résistance contre toute forme d’oppression politique.
Tinariwen ont su s’imposer sur la scène internationale et à se faire
un nom dans les quatre coins de la planète. Des stars
internationales du rock et de blues ne jurent plus que par eux.
Certains s’inspirent même de leur musique pour composer leurs
albums.
Robert Plant, membre du groupe de blues anglais "Led Zeppelin" avait
écrit qu“écouter Tinariwen, c’est comme laisser tomber un seau dans
un puits profond”.
Carlos Santana, un autre monument de la World musique, avait dit sur
la scène du Festival de Jazz de Montreux en 2006, alors qu’il
partageait la scène avec ces poètes emblématiques : "lorsque je les
entends, j’entends le commencement de la musique du Mississippi et
de Muddy Waters, Jeff Beck, BB King, Little Walter, Otis Rush, Buddy
Guy... c’est de là que tout vient, ils sont les précurseurs."
Le groupe est apparu au Pays touareg en 2001. Il a rencontré un
succès fulgurant que peu de musiciens des Kel Tamacheq ont égalé.
Véritables globe-trotters, les membres de Tinariwen ont tourné dans
les quatre coins de la planète et joué dans des festivals
prestigieux. Ils ont eu également à partager la scène avec Robert
Plant, Carlos Santana, Taj Mahal et bien d’autres. Ils sont les
meilleurs ambassadeurs de la culture du peuple Kel Tamacheq qu’ils
exposent là où ils chantent.
Cette réussite a ouvert la voie à de nombreux groupes issus du
désert pour se reproduire sur des scènes internationales.
Que dire de plus sur Tinariwen et les éclats envoûtants et étonnants
de leurs guitares électriques qui nous plongent dans la nuit de la
tragédie des Kel Tamacheq et leur combat pour survivre sous les feux
croisés de plusieurs dictatures ?
Que dire de plus sur ces chanteurs qui plongent leurs couteaux dans
les plaies de notre peuple, l’appelant à se mettre debout ?
Je vais me contenter de me poser la question que se posent les
critiques de la World musique : "Et si Tinariwen est le
meilleur groupe du Rock au monde ?".
Pour moi, il l’est. Sûrement.
Lhoussain Azergui
Photos prises au Bataclan lors de concert de
Tinariwen au printemps 2007




Notes
[1]
Leader d’opinion des Kel Tamacheq de l’Aïr, disparu dans un
mystérieux accident d’hélicoptère en 1995. Il est auteur de
plusieurs essais sur la culture et la politique.
[2]
Fragment de la chanson "Soixante trois"
source:www.tamazgha.fr
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